Billy rumine


à côté d’où je ne voulais plus être
vivaient des gens heureux – un couple
ils semaient des fleurs parlaient vacances
pratiquaient la sieste crapuleuse
et leurs voix de velours chantaient
sous un ciel sans nuage


j’enfonçais mon front dans une main
je cherchais le noir
je cherchais à ne plus voir
ni le bonheur des autres
ni ma propre douleur
j’aurais voulu en finir sur l’heure
mais la mort ne l’entendait pas
de cette oreille
et si l’on ne se voit pas naître
il arrive que le loisir de se voir mourir
nous soit offert


à défaut de vivre
ces mots m’arrivaient
j’en cousais des poèmes
qui s’ajoutaient aux autres
ils créaient des semaines des mois
des années à ne savoir qu’en faire


Fabrice Marzuolo (n°6)

Un Invisible d'Anabel Serna Montoya (n°8).

Cadavres


Ai eu la chance d’être un cadavre
Pendant une vingtaine d’années
Aussi, ça me pète à la gueule
Quand
Je vous vois arriver
Avec vos fictions & vos simulacres
Vos mensonges & vos alibis
Alors, ça me pète à la tronche
De reconnaître ceux qui
Ne sont pas seulement morts
Mais que la vie n’a jamais
Approchés


Christophe Esnault (n°9)

Une Vanité de Jacques Cauda (n°5).

Métal obscur


Le chemin souterrain


où résonnent
mes erreurs


des nuages de pierre et
tant d’espèces
d’animaux.


À petits pas… j’accomplis ma tâche
l’explosion de l’eau… bout la Vie
rouge… pensée désertique…


Laurence Skivée (n° 6)

Une Monade de Christophe Lalanne (n°9).

AU BOUT DU MONDE


Il ne s'agit pas d'eau
mais d'être
me disait-elle


Au bord des récifs
les coraux m'écharpent
un filet de sang
pour les requins
si petits qu'ils tiennent dans ma main


La ville
au loin
illumine les cieux


Le jour n'existe plus
la nuit est constante
lumineuse
et je me demande
jusqu'où va la mer ?


Julien Amillard (n°6)

Une Expiation de Pierre Cousin (n°3).

Dans la boue


Se rouler dans la boue
Tout n(o)us, complètement n(o)us
Des croûtes à gratter
Qu’un drôle d’air sèche
Des scories et des stigmates
Des cicatrices si conséquentes
Sur les genoux
Sillons excitants
Montre-moi tes fissures
Que j’y jette un œil
Je me noie dans une larme d’eau
Ton fardeau Sisyphe
S’alourdit des fautes non corrigées
Par goût du fond
Goût pour l’ombre
Parfois ton rire me pèse.


Aurélia Bécuwe (n°9)