rien ne m’a ressuscité

tu vas être happé, tu vas chuter, tu seras à genoux, tu regarderas vers le haut, tu te prendras les bras, tu vas te laisser aller, tu vas t’écrouler, tu vas te regarder, tu vas te blottir, tu vas te tordre, tu vas te crisper, tu vas gémir, tu vas te retourner, tu vas hurler, tu vas trembler, tu vas convulser, tu ne vas plus rien entendre, tu ne vas plus rien voir, tu ne vas plus rien manger, tu te pisseras dessus, tu vas oublier qui tu es, tu vas arrêter de penser, tu vas pleurer, tu vas vomir, tu auras froid, tu vas crier de plus en plus fort, tu vas transpirer, tu vas claquer des dents, tu vas te mordre, tu vas t’arracher les cheveux, tu vas donner des coups sur tout ce qui t’entoure, tu vas te raidir, tu vas te renfermer, tu vas arrêter de parler, tu vas arrêter de regarder, tu vas essayer d’arrêter de respirer et sans t’en rendre compte ta vie va recommencer dans le désordre

Serpil Çökelik (n°1)

Le n°7, au format différent, avec les Morphovores de Mikaël Bannier.

#3

J'ai toujours aimé les charognards : rien de moins hypocrite. Ils vous mangent encore tiède, s'enfouissent dans vos restes, fouillent et lèchent vos plaies en riant de leur faim obscène, pour déchirer la chair que d’autres auront vaincue.

Les charognards ne mentent pas, n’exigent rien, ne savent pas prétendre. Ils guettent le festin à l’ombre de nos chutes.

Rien de plus reposant que ces absences de combat ; rien de plus reposant que ce rien. Je rentre à la maison, mes chéris.

Je ne m'enfuirai plus.

 

Ingrid S. Kim (n°7)

Une Alchimère de Pascal Dandois (n°6).

MODERN SPLEEN


Un peu de spleen aux yeux et du Rimmel à l'âme
Tu marches dans la ville et la ville t'avale
Quelques bribes de jazz, un tabouret bancal
Tu regardes les femmes et les femmes t'affament


Tu penses sans compter, la serveuse est rêveuse
Les filles ont l'air si lasses avec leurs seins du soir
Tu te payes leurs yeux en florins de comptoir
Orpailleur malheureux de princesses pluvieuses


Jekyll ankylosé, dingue parmi les dingues
Tu t'appuies bien au zinc pour ne pas vaciller
On amorce sa cuite comme on arme les flingues


Tu regardes dehors, les loups montrent leurs dents
Tu ricanes en pensant aux années gaspillées
Un Ricard de plus et tout semble évident


Daniel Debski (n°8)

Une autre Alchimère de Pascal Dandois (n°6).

ÉOLIENNES

 

je regarde ma vie devant moi

un champ d’éoliennes

et du vent comment imaginable sur la planète rouge, du vent un vent puissant créé par un climatologue

je suis dans une serre je n'aurais jamais imaginé une terraformation si rapide

je suis né sur Terre

et serai enterré ici, sous ce sol rouge, ocre rouge presque de la couleur de mon sang.

 

Gilles Laffay (n°1)

Une Paréidolie de Dominique Spiessert (n°4).

 

Les lanternes si droites posées à la verticale s’adressent à la partie confortable des âmes. Dans ce joli nid douillet la petite fille peut remballer ses allumettes. L’intime est dans la rue. L’éclairage est rendu meilleur sur de précieux pas qui choisissent de se perdre dans leurs souvenirs.

En échange tout le monde même Sans Domicile Fixe sait de quoi se compose une chambre. Tout en haut de vous on y est heureux. Nul besoin d’étudier la composition des murs pour déplier le désir.

L'anatomie est replacée au sein des courts espaces toujours situés au bord du vide…

 

Patrice Maltaverne (n°9)

Une Empreinte de Christophe Lalanne (n°2).

la ville fait des cercles


la ville fait des cercles
la ville est connue pour ça
la ville fait des cercles
ou alors c'est la nuit
ou alors c'est moi
fait toujours nuit avec moi
paraît-il
ou alors il pleut
ou alors les deux
et puis y a de la tendresse
et puis y a quelqu'un qui vomit
Loïc peut-être
célibataire sans ressource
ce soir il étouffe
peut-être à cause de Lucie
maman solo au smic
qui souffre souvent de spasmes
surbrillance du carrefour giratoire
les bus ne prennent plus de voyageurs
et les chiens la ferment enfin leur gueule
tel un prince en exil
je sors de la supérette en m'éloignant
de l'haleine des gens
de leurs matchs
de leurs messes
et pars un peu rêver la vie
au bord du fleuve
un petit quart d'heure
épouser la rouille
et que soudain plus rien ne me manque


Heptanes Fraxion (n°3)